Transmission
Tous les jours, Radio en Construction ouvre son
antenne à 14h00 (*) par "Transmission" de Joy Division. "Radio,
life transmission...", trois mots qui se réinventent à chaque fois
qu'ils se posent sur le cordage de basse, sorte de Pont de Singe
reliant l'émotion à l'urgence, par delà le précipice de l'indigence
quotidienne... trois mots poussés hors de la gorge par une batterie
sèche et lourde, cœur et poumon, larme et colère... trois mots qui,
à chaque écoute, viennent s'enrouler dans cet ésotérique treillis
de guitare barbelé, beauté acier et tranchant électrique...quelque
chose comme le rock'n'roll...quelque chose comme un rock'n'roll,
déjà vieux de 20 ans à l'époque et brandi par un quarteron d'artistes
prolos nés après lui, magnifique tentative de s'approprier le monde
comme s'il restait à inventer, dérisoire tentation d'atteindre un
nécessaire absolu. Tous les jours, un même frisson électrise l'antenne
de Radio En Construction, nous ramenant, sans discussion possible
à ce que notre aventure peut avoir de fondamental... car derrière
cette musique - fondamentale, on en a parlé -, résonne également
l'écho de Factory, fondamentale tentative de construire, parce que
le Punk l'avait permis, des moyens de production, diffusion, propagation
qui soient le prolongement des artistes qui les empruntaient.
Alors, peut nous chaud le débat sur l'alternatif,
sur la main mise du grand capital sur la musique (comme disait Martin
Lamotte dans Papy fait de la Résistance "mais, mamina, ce n'est
pas une colonie de vacances, ce sont les armées du Reich !!!!!"),
car dès lors que la subversion a besoin d'un près carré pour s'exprimer,
en quoi est-elle subversive ? Si nous ne sommes pas capables de
créer notre espace dans les systèmes (commercial, administratif...)
qui nous sont imposés, si nous ne sommes pas capables de les parasiter,
de nous en affranchir en nous attachant au fondement même des idées
que nous proposons, si nous ne sommes pas capables de renverser
les valeurs imposées, alors pourquoi continuer ?
Radio En Construction s'essaye à se réinventer
en permanence, et à constituer l'espace d'une certaine radicalité,
d'une forme de subversion par l'exposition. Notre programme, que
nous définissons comme un Cabinet Radiophonique de Curiosité, s'efforce
d'exposer, dans une organisation dont le paramètre prédominant est
l'esthétique, de petits modules de percussion de l'individu (le
fameux auditeur). Ces modules, petites vitrines de musique ou de
parole (celle des autres, nous ne parlons jamais nous même à l'antenne),
sont à la disposition de nos auditeurs - considérés non comme une
masse mais comme une multitude (aussi lilliputienne soit-elle) d'individus.
Vous me direz : et le rock dans tout cela?
... parce que Radio En Construction a choisi de
transmettre, de relayer, d'interroger une série de formes musicales
qui mettent en forme un rapport autodidacte à l'émotion, formulent
en temps réel un panel de réactions à l'époque, interrogent l'individu
tout en osant s'adresser au plus grand nombre ; pour cela, nous
revendiquons le terme rock. Nous le revendiquons au moment même
où il est sans doutes le plus galvaudé, récupéré par ce dont il
affirmait s'affranchir, ronronnant dans la bouche de ceux dont il
refusait le monde. Nous revendiquons son essence, pas sa forme ;
nous revendiquons son sens premier, pas sa culture ; nous revendiquons
ses vertiges, pas son système.
Pas de leçon derrière ces propos mais lenvie
de vous dire les fondations de notre chantier.
* n.b. : condamnée à partager
sa fréquence, ad vitamaeternam, avec une radio évangéliste, Radio
En Construction émet de 14h00 à 02h00
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