Faire de la radio aujourd'hui
C’est l’aventure que propose Radio en Construction dans le cadre de son cabinet d’édition radiophonique. Il s’agit, par la grâce du média radiophonique, d’habiter l’espace / la dimension sonore du territoire dans lequel / laquelle nous émettons.
Interrogeant ce qui s’y passe, mais surtout ce qui s’y joue, se préoccupant de la manière dont Strasbourg est traversée par l’époque, percutée par ceux qui la visitent et connectée par des liens structurels ou individuels.
Radio en Construction procède par une politique d’édition radiophonique  fortement ancrée dans la création sonore, mettant notamment en jeu la parole individuelle recueillie, au travers d’interviews, de rencontres, de débats…
Même s’il défend une ligne éditoriale et une rigueur murie au long des 25 années de son historique, son propos n’est donc pas journalistique et s’affranchit des logiques de l’animation ou de la chronique. Conscient du contexte médiatique et de ses évolutions tant en termes de structures (Internet, radio numérique…) que d’usages et comportements, Radio En Construction se place en complément- voire en rupture- des autres médias qu’elle côtoie.
Considérant l’auditoire de la radio comme une communauté d’individus, les éditions radiophoniques de Radio en Construction entendent s’adresser à l’auditeur dans un rapport singulier à celui-ci, respectueux de son libre arbitre et soucieux de s’inscrire dans cette logique de dialogue, toute particulière au genre radiophonique.
On l’aura compris, à travers d’un nom choisi en toute  conscience, Radio en Construction ne promet rien d’autre que les beautés d’une musique permanente considérée dans des perspectives esthétiques, porteuses de sens et laissant à l’autre le goût de l’achevé. Cette aventure est ouverte à ceux qui, trouvant entre les lignes du présent texte, matière à désir, souhaitent intégrer le cabinet d’édition radiophonique de Radio en Construction.
 


Transmission
Tous les jours, Radio en Construction ouvre son antenne à 14h par Transmission de Joy Division.
« Radio, live transmission… », trois mots qui se réinventent à chaque fois qu'ils se posent sur le cordage de basse, sorte de Pont de Singe reliant l'émotion à l'urgence, par-delà le précipice de l'indigence quotidienne…
Trois mots poussés hors de la gorge par une batterie sèche et lourde, cœur et poumon, larme et colère…
Trois mots qui, à chaque écoute, viennent s'enrouler dans cet ésotérique treillis de guitare barbelé, beauté acier et tranchant électrique… quelque chose comme le rock'n'roll… quelque chose comme un rock'n'roll, déjà vieux de 20 ans à l'époque et brandi par un quarteron d'artistes prolos nés après lui, magnifique tentative de s'approprier le monde comme s'il restait à inventer, dérisoire tentation d'atteindre un nécessaire absolu.
Tous les jours, un même frisson électrise l'antenne de Radio en Construction, nous ramenant, sans discussion possible à ce que notre aventure peut avoir de fondamental… car derrière cette musique - fondamentale, on en a parlé -, résonne également l'écho de Factory, fondamentale tentative de construire, parce que le Punk l'avait permis, des moyens de production, diffusion, propagation qui soient le prolongement des artistes qui les empruntaient.
Alors, peut nous chaud le débat sur l'alternatif, sur la main mise du grand capital sur la musique (comme disait Martin Lamotte dans Papy fait de la Résistance : « mais Mamina, ce n'est pas une colonie de vacances, ce sont les armées du Reich !!!!! »), car dès lors que la subversion a besoin d'un pré carré pour s'exprimer, en quoi est-elle subversive ? Si nous ne sommes pas capables de créer notre espace dans les systèmes (commercial, administratif…) qui nous sont imposés, si nous ne sommes pas capables de les parasiter, de nous en affranchir en nous attachant au fondement même des idées que nous proposons, si nous ne sommes pas capables de renverser les valeurs imposées, alors pourquoi continuer ?
Radio En Construction s'essaye à se réinventer en permanence et à constituer l'espace d'une certaine radicalité, d'une forme de subversion par l'exposition. Notre programme, que nous définissons comme un Cabinet radiophonique de curiosités, s'efforce d'exposer, dans une organisation dont le paramètre prédominant est l'esthétique, de petits modules de percussion de l'individu (le fameux auditeur). Ces modules, petites vitrines de musique ou de parole (celle des autres, nous ne parlons jamais nous même à l'antenne), sont à la disposition de nos auditeurs - considérés non comme une masse mais comme une multitude (aussi lilliputienne soit-elle) d'individus.
Vous me direz : et le rock dans tout cela ?
Parce que Radio en Construction a choisi de transmettre, de relayer, d'interroger une série de formes musicales qui mettent en forme un rapport autodidacte à l'émotion, formulent en temps réel un panel de réactions à l'époque, interrogent l'individu tout en osant s'adresser au plus grand nombre ; pour cela, nous revendiquons le terme rock. Nous le revendiquons au moment même où il est sans doute le plus galvaudé, récupéré par ce dont il affirmait s'affranchir, ronronnant dans la bouche de ceux dont il refusait le monde. Nous revendiquons son essence, pas sa forme ; nous revendiquons son sens premier, pas sa culture ; nous revendiquons ses vertiges, pas son système.
Pas de leçon derrière ces propos mais l’envie de vous dire les fondations de notre chantier.